Christophe Vaubourg
Né en 1972, vit actuellement à Besançon (France)
christophe@noweb.org

texte de Stéphanie Jamet-Chavigny \002661

version uk ici

Groupes & solo ici

texte de Stéphanie Jamet-Chavigny ♥ :
Dans ce vaste hangar désaffecté en cours de réhabilitation près duquel je passe chaque
semaine le long des voies ferrées de Besançon, mon œil est cette fois happé par ces mots : Tomorrow I
will be moving to Hawaï. Rêve de partir ? Fantasme d’une vie meilleure ? Ailleurs ? Je m’interroge sur ce
qui, à bien y regarder, m’apparaît être autre chose qu’un simple tag. Un message distillé qui semble
porter la conscience de sa condition éphémère d’apparition.
Mirage. Ce n’est en effet plus aujourd’hui qu’un souvenir dans ma mémoire effacé par la construction
d’un vulgaire magasin. En même temps, le slogan a imprimé une image agissante, presque subliminale
qui revient régulièrement dans ma tête. Et contre toute attente, elle ressurgit : Christophe Vaubourg
porte une chemise hawaïenne. Voici le fauteur de trouble.
Je reconnais alors ce goût particulier qu’il a pour les clichés usés à force d’être cités chargés de ces
couches d’appropriations. Dans A Kiss for cocaine, il y avait déjà cette référence à l’île
américaine paradisiaque avec, au dessus de ces mots inscrits au marqueur noir directement sur le mur,
quatre silhouettes hawaïennes qui ondulaient en nous souriant ; de même, dans l’image d’une de ces
fille de rêve chantant à gorge déployée « Wie einst Lili Marleen ».

Le rapport de conflit texte image, Christophe Vaubourg le décline sur des supports simples de préférence même cheap : de l’affiche, comme celle aux palmiers noirs éclairés par un soleil couchant orange fluorescent, totalement artificiel, surmonté de son propre portrait quasi fantomatique et de ces mots « Every time I think of you, a little pee comes out », jusqu’aux stickers, comme celui sur lequel la phrase « See you in Walhalla » est placée juste au dessous d’un dessin de berger allemand. L’entrechoquement qui donne à ces deux éléments un autre sens ajoutant à la violence que leur représentation a inscrite dans la mémoire collective, cette pointe de cynisme. On est en effet toujours un peu pris au dépourvu et on se prend à sourire face à ses dessins, de ce sourire narquois et grimaçant qui révèle nos ambiguïtés et nos failles. Ils condensent de manière extrêmement percutante et synthétique la grande et la petite histoire, la grande et la sous-culture. Car Christophe Vaubourg trouve ses principaux pères dans les artistes américains des années 1980, Raymond Petitbon pour le rendu graphique, et surtout Richard Prince pour le culte que celui-ci porte à la collection de livres et de références où sont mêlés les auteurs classiques, la littérature de gare, l’édition pornographique et les pochettes de disque vinyles. Chez Christophe Vaubourg, ce mixage culturel va de la Guerre des étoiles, il a notamment intitulé deux séries de dessins, Jedi Scum et Take the shit out of Leïa, aux ouvrages sur l’antéchrist ou les intégristes catholiques américains qu’il déniche via internet en passant par une fascination pour Elvis Presley et la collection d’objets des années 1950. Mélange hétérogène qui fonde sa vision du monde.

À cela, il faut ajouter son goût pour un autre support, le corps humain. Celui des autres sur lequel il dessine des tatouages, pratique qu’il inscrit totalement dans le champ de l’art et bien sûr le sien qu’il a recouvert de signes forts. Exit les dessins attendus, à la mode aujourd’hui pour parer les corps comme de nouveaux bijoux ; les siens portent la même empreinte graphique sombre que ses autres images. Ainsi, outre le mot Hooligan écrit sur le revers de la lèvre ou les carrés noirs en hommage à Malévitch sur son épaule et son bras, ce sont des bandes noires qui strient régulièrement sa jambe comme une tenue de bagnard gravée dans sa chair. À la vue de ces surfaces monochromes noires, on ne peut s’empêcher de penser à chacune des pointes qui se sont enfoncées, à la douleur ressentie mais aussi au plaisir de l’apparition du dessin. Dans La Colonie pénitentiaire, Franz Kafka décrit parfaitement cette attente et cette défaillance qu’éprouve le supplicié qui ne découvrira, quant à lui, la raison de sa condamnation qu’au moment de sa mort.
Ainsi la constellation qui marque son autre jambe est issue d’une approche encore plus extrême de sensations fortes jouant sur le double registre de la souffrance et de la jouissance. C’est en effet au cours d’une performance qu’elle est dessinée. De ces performances qui ne laissent ni son propre corps, ni indirectement celui des autres, indemnes lorsqu’il se fait tirer dessus à la carabine. Christophe Vaubourg appartient à cette famille d’artistes allant de Chris Burden à Jean-Luc Verna, qui refuse toute vision lénifiante de la vie où l’art s’y confond indissociablement.
La musique noise, techno-brute, qu’il compose et joue avec son groupe serait presque la face plus soft de ce rapport à son corps performer. Les braillements de la chanteuse dans un haut-parleur concurrencés par les stridences de la perceuse que le guitariste s’escrime à vouloir en vain enfoncer dans une cymbale fonctionnent comme la condensation de l’enrôlement des foules et de son asservissement par la machine. Elle a gagné, on ne peut plus lutter contre son rythme viscéral qui a mangé notre cerveau. Toutes ces actions fonctionnent sur un registre identique cherchant de créer des sensations fortes et en même temps désagréables, fulgurantes, et paradoxalement lancinantes qui, s’impriment et durent dans le corps et dans l’esprit. Un peu comme ce que l’on ressent lorsque la craie accroche sur le tableau noir et provoque le hérissement de nos poils et le froid sur nos dents. Il y a comme un marquage mémoriel physique et cérébral qui s’opère.

Stéphanie Jamet-Chavigny

Version UK (thank to Alex Geer) :
By taking images from our cultural and graphic history and assigning them
sentances or phrases taken from other contexts (current or past) my drawings condense anachronisms,
open shortcuts and serve to accelerate time. Famous slogans, finished or unfinished
drawings, over-enlarged details, figures out of disproportion, and simple or elaborate frames come
together to form a fundamentally gaping story. Elements of disorder thus seep into an organised system
to awaken the imaginary. By dramatising the context, the real and the space itself, these drawings feed
on the collective unconscious carried by what we call negative utopias (piracy, pornography, B-movies,
rock music, …). Through a heterogeneous collection of ideas, these images articulate accents of paranoia
in their display. It’s not a question of driving drama out; on the contrary, these devices propose an
atmosphere tinted with what could be qualified as fatalist euphoria : mixing in turn splatter film with
rosy novels, Egon Schiele and Star Trek, Frida Kahlo and Black Metal, injecting the foreign into the
familiar, drowning the unusual in the banal. It is in multiplying everywhere these references that the
possibility arises of a story in suspension, truly suspended in the experience of the viewer. The latter is
thereby placed in a position of actorexplorer of his or her own story and hallucinations, which often find
their roots in the imaginary, driven by vision and genres of cinema (film noir, espionage, road movies,
science fiction, …). What is important here to me are the consequence and effects of the process, not
its legibility.


Groupes & solo :

2020-WordsApart , Point Commun (Annecy), dessins sur papier, exposition collective
2016/2019-Concerts & lives, Europe : Eplt / Hoffman / Hcc
2016-Multimedia, (Besaçon), sculpture/dessin, exposition collective
2015-De luxe,l’Aspirateur (Narbonne), sculpture/dessin, exposition collective
2013-Where are you drinking tonight, Toshiba House (Besançon), installation, solo
2013-Zombies are Poeple too, Rosa Brux (Bruxelles),installation, sculptures et dessins sur papier, solo
2013-Re :, (ISBA Besançon), sculpture/dessin, exposition collective
2009-Chronique Urbaines(19 CRAC Montbéliard), dessins et peinture murale + showcase, solo
2008-Va la vie, (Le Consortium de Dijon et le Centre d’Art Mobile), Live noise, solo
2008-Noise festival, (Zurich Suisse), Sculpture/dessin et live noise, exposition collective
2008-Fabrika Voxa, (Espace Multimédia Gantner, France), performance , Exposition collective
2007-Friche RVI, (Friche artistique Lyon), Sculpture/dessin, exposition collective
2007-Noise & Performance Festival, (Zurich,Suisse) - Dessin mural, live noise, exposition collective
2006-Rotcrisistrotte Festival, (Anvers, Belgique), Dessin mural, exposition collective
2006-Arezzo Wave , (Arezzo Italie), Dessin mural, live noise, exposition collective
2006-3éme rencontres de la revue électronique,(Point Éphémère, Paris), Exposition collective
2005-Noxious Art Festival, (Moulin de Poncey, France), Live techno + photocopies, exposition collective
2005-Mutations Pop et Crash Culture, (La Cantada, Paris), photocopies, solo